Laissez moi vous parler de l’aventure de deux jeunes filles. Diane et Claire : l’équipe Caval’Breizh partie au mois de mai pour une grande boucle dans toute la France.

Claire (29 ans) et Diane (27 ans) se sont rencontrées à Rennes sur leur lieu de travail (une société d’alimentation animale). Elles se sont tout de suite bien entendu parce qu’elles partagent une passion : le cheval. Elles font de l’équitation depuis l’enfance. Elles ont fait beaucoup de randonnée en Bretagne. En 2014, elles commencent à parler de voyage à cheval. Partir loin, s’évader, changer d’horizon, trois ans s’écouleront entre l’idée et le départ.

Diane et Claire m’ont très gentiment accordé un peu de leur temps pour me parler de leur aventure lors d’une interview téléphonique (elles étaient à ce moment-là entre Bretagne et Normandie et moi en Auvergne).

Chamane et Marinette : Bonjour les filles, est-ce que vous pourriez me présenter votre équipe d’aventuriers ?

Claire : Alors pour le moment Diane est en train de regarder la carte avec quelqu’un, donc elle nous rejoindra plus tard. Concernant l’équipe équine, il y a ma jument Pastelle avec qui je randonne depuis longtemps et MJ la jument de Diane que nous avons dû remplacer récemment pour un problème d’articulation. C’est très dur pour Diane, car on voulait vraiment faire ce voyage avec nos chevaux qu’on connaît depuis longtemps. MJ a été remplacée par Tiago qui n’a pas le même rythme. C’est du changement pour Diane mais ils vont s’habituer l’un à l’autre. Ensuite il y a Timmy, notre cheval de bât. Il nous a été prêté par Anne-Sophie, sa propriétaire, pour qu’il acquiert de l’expérience. C’est sûr qu’après un voyage pareil, ce sera un super cheval de rando. Nous avons aussi un équipier canin : Jango. Il est croisé border et labrador : on voulait un chien qui avait de l’endurance. Diane l’a adopté déjà adulte. Il nous a demandé beaucoup de travail car il était assez peureux avec les autres animaux. C’est parfois compliqué avec les chevaux. Mais il est très sage chez les gens qui nous invitent.

CetM : Qu’est-ce qui vous a décidé à faire ce voyage ?

Claire : On fait beaucoup de randonnée avec Diane, surtout en Bretagne : Finistours, EquiBreizh, etc. En 2014, on a commencé à parler de partir en voyage. On avait envie de liberté, d’évasion. C’est aussi une manière de vivre avec nos chevaux à leur rythme. On s’est donc lancée dans cette aventure. On l’a préparée pendant deux ans.

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CetM : Puisqu’on parle de préparation, comment avez-vous choisi votre itinéraire ?

Claire : On a commencé par prendre une carte et placer des points un peu partout où on avait des amis que nous voulions voir ou de la famille. Et puis on a rajouté des points parce qu’il y avait des endroits qu’on avait envie de visiter. Enfin, on a relié les points les uns aux autres. Finalement, on a commencé par un tour en Bretagne. On connaît pas mal de monde là-bas alors c’est un moyen de démarrer doucement et en sécurité, avec les petites roulettes comme on dit. Après on remonte vers la Normandie, le mont Saint-Michel, le Cotentin. Puis la Sologne, le Morvan, la Bourgogne, Nancy puis les Vosges, le Jura. Après le Jura on traversera rapidement le nord du Rhône et on se dirigera vers Saint-Etienne puis Aurillac. Ensuite direction Rocamadour, on descend vers Lourdes et on remonte vers le Périgord, les Deux-Sèvres et retour au point de départ.

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CetM : C’est un sacré voyage, vous êtes parties pour combien de temps ?

Claire : On avait prévu 9 mois de trajet. Mais ça c’est la théorie. Dans la pratique, nous sommes parties avec du retard à cause d’une blessure. Puis MJ a eu son souci au postérieur. Nos chevaux ne sont pas ferrés alors il a fallu un certain temps pour trouver un remplaçant et s’assurer qu’il supporterait le voyage « pied-nu ». Finalement on a bien dix semaines de retard sur nos plans. Donc on va suivre l’itinéraire prévu le plus longtemps possible. Ca va dépendre de l’arrière-saison. Quand il fera trop froid et qu’il n’y aura plus d’herbe pour les chevaux, on s’arrêtera et on finira peut-être une autre fois.

CetM : Et comment avez-vous tracé votre itinéraire ?

Claire : On a contacté tous les CDTE pour avoir des itinéraires équestres. On fonctionne avec une tablette et une appli qui s’appelle IPhiGénie. Diane t’en parlerait mieux que moi. On a toutes les cartes IGN dessus. On met la tablette en mode avion et on arrive à n’utiliser que 30% de la batterie par jour.

Cet M : Mais vous n’avez pas trop de mal pour la recharger ?

Claire : Non, on trouve toujours une prise dans un petit bar où on va s’arrêter boire un café par exemple ou quand les gens nous invitent chez eux. Et puis on a un chargeur solaire si besoin, même s’il met très longtemps à charger car il manque de cellule. Ajoute à ça 4 batteries externes, on a un peu de marge.

CetM : Tu parles des gens qui vous invitent chez eux. Comment vous gérez votre logement ? Vous avez prévu des bivouacs ?

Claire : On n’a pas prévu à l’avance pour le logement. Tous les jours vers 17h, on commence à chercher un lieu pour s’arrêter. Mais en réalité, les gens qu’on croisent sont super accueillants. Par exemple, avant-hier nous avons rencontré un groupe qui fêtait un anniversaire au bord du canal. On a discuté avec eux, et puis ils nous ont même offert le champagne et du gâteau. C’était super ! Finalement, des invités de l’anniversaire nous ont proposé de nous recevoir le lendemain. Etre avec les chevaux et le chien, ça facilite les choses. Ils sont des vecteurs de rencontre. Les gens sont curieux, ils viennent nous parler, nous poser des questions. C’est leur manière à eux de participer à notre aventure.

Dans l’ensemble on a pas eu de mal à trouver. Juste une fois, on s’était installé au bord d’un petit étang. Une dame est venu nous dire qu’on n’avait pas le droit d’être là. On avait tout déchargé, il s’est mis à pleuvoir (c’est toujours dans ces moments-là qu’il pleut). Finalement, elle nous a indiqué un camping pas très loin et elle a été assez sympa pour transporter nos affaires là-bas.

 

Diane nous rejoint pour finir l’interview. Avec Claire, on lui résume rapidement ce qu’on s’est dit. Diane précise la recherche d’itinéraire : « on a aussi cherché des itinéraires sur internet : sur OpenRunner ou Visugpx par exemple ».

CetM : Et alors côté matériel, vous avez modifié vos selles ? Achetez des selles ?

Claire : J’ai fini tout récemment une formation de sellier-harnacheur (à l’AFPA de Decazeville). J’avais acheté une selle JMS de randonnée. Quand elle est arrivée, je me suis aperçue très vite qu’elle était mal adaptée au dos de Pastelle. Je l’ai démontée et j’ai modifié l’arçon. C’était un sacré boulot, j’ai dû faire un moule en plâtre du dos de ma jument. J’ai aussi modifié les panneaux en ajoutant un peu de mousse. Diane a une selle Eric Thomas de randonnée. La selle était fatiguée, l’arçon était cassé. Là aussi, j’ai retravaillé la selle et enlevé les quartiers pour les remplacer par des fenders (plus légers).

Diane : Claire a aussi travaillé tous les cuirs, les brides par exemple. On a beaucoup fait par nous-même : les housses de selle, la housse des piquets.

CetM : Vous faites comment pour vous nourrir et nourrir les chevaux ?

Claire et Diane : En Bretagne le ravitaillement est facile, on connaît beaucoup de monde ici. On profite des jours de pause pour faire quelques courses. Et puis on trouve toujours une petite épicerie sur notre chemin. Pour le moment, les chevaux sont à l’herbe. On s’arrête tôt, vers 17h, pour qu’ils aient le temps de récupérer et de bien brouter. On fait une pause un jour sur six environ. C’est nécessaire pour que les chevaux récupèrent et pour nous aussi. On marche jusqu’à 50% du temps. Il faut rester raisonnable, si on tire trop sur la corde c’est à ce moment qu’on risque de faire une erreur et de se blesser. Quand ce sera nécessaire, on ira demander du foin chez les éleveurs et les agriculteurs. C’est sûr que dans certaines régions, l’herbe ne sera pas aussi fournie qu’ici.

CetM : Qu’est-ce que vous trouvez le plus difficile pour le moment ? Et qu’est ce qui vous manque le plus dans ce voyage ?

Diane : Nos chéris ! Ils nous manquent beaucoup. Et MJ me manque aussi. Ca a été difficile de devoir la laisser et de changer de cheval.

Claire : Oui, mon chéri me manque. Sinon ce qui a été le plus difficile jusqu’ici c’est quand les jours de pluie se succèdent.

CetM : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite voyager à cheval ?

Claire et Diane : Avec le recul, il ne faut pas trop préparer les étapes et les itinéraires. Il faut laisser la place aux rencontres. Si on prépare tout et qu’on se focalise sur l’étape, on perd la chance de se laisser surprendre. Donc il faut s’organiser mais pas trop. Il faut écouter ses bêtes aussi. Leur confot et leur bien-être reste une priorité. Le dicton « qui veut aller loin ménage sa monture » est tout à fait exact. Il faut se détacher de l’objectif de performance du genre « j’ai prévu de faire 25 km par jour » et accepter le rythme du voyage.

Diane : Moi je suis un peu une maniaque du contrôle, les premières semaines ça me frustrait qu’on ne fasse pas le nombre de kilomètres prévus. Je me suis dit « on arrivera jamais au bout », maintenant je me suis détachée du but et j’accepte d’aller au rythme des chevaux. Un jour ils feront moins que prévu parce qu’ils sont fatigués, le lendemain ils feront plus parce que le terrain sera meilleur. C’est comme ça.

CetM : Qu’est ce que vous avez appris à ce moment précis de votre voyage ?

Claire et Diane : Rien n’est acquis ! (rires) Par exemple, on a des chevaux qu’on connaît et qui sont habitués à randonner. Un jour on essaie de leur faire descendre une marche pour traverser une rivière. Pour nous, il n’y avait pas de raison qu’ils ne passent pas, c’était une traversée de rivière comme une autre. Ils n’ont jamais voulu, on a finit par faire un grand détour.

Claire : Moi j’ai déjà randonnée dans des conditions un peu difficile, à la Réunion par exemple. Dans ces moments, on va chercher des choses au fond de soi-même. J’espère que j’apprends à mieux me conntaîre et que ça m’ouvre aux rencontres.

Diane : Comme je le disais, et Claire confirmera, je suis stressée et maniaque du contrôle. Alors j’apprends le lâcher-prise et parfois c’est un apprentissage dans la douleur (rires). Avec Jango, ça a été un vrai challenge, on a mal commencé le dressage. J’ai dû tout reprendre avec une comportementaliste : apprendre à le calmer, l’apaiser, le féliciter et surtout lui redonner son libre-arbitre.

Claire : Et puis on veut apprendre de nos chevaux, les observer, comprendre leurs habitudes, faire partie du troupeau. J’aimerais qu’ils m’acceptent en tant que meneur sans leur imposer une contrainte.

CetM : Et côté budget vous avez fait comment ?

Claire et Diane : on n’a pas cherché de sponsor. Déjà on n’a pas envie d’avoir des comptes à rendre mais en plus ça prend du temps. On avait pas envie de consacrer du temps à ça. Entre le quotidien, les aléas, le matériel, on a un prévisionnel de 9000 euros. Donc on s’est financé nous-même. On avait fait une cagnotte sur internet. C’est surtout nos proches qui ont participé. On a eu des belles surprises aussi ! Lors du dernier jour d’EquiBreizh auquel nous avons participé, l’association « A cheval Ile-et-Vilaine » nous a offert une petite cagnotte qu’ils avaient collectée sur place. Ce sont des petites attentions comme ça qui nous touchent et qui sont super encourageantes.

CetM : Claire m’a parlé d’un forum sur internet consacré au voayge à cheval. Vous pouvez m’en dire plus ?

Claire et Diane : Oui, il y a les Cavaliers au long cours. C’est une association qui rassemble plein de randonneurs et de voyageurs à cheval. Des moins connus et des plus connus comme Emile Brager.

CetM : ah oui, moi aussi j’ai « Techniques du voyage à cheval » comme livre de chevet (rires)

Claire et Diane : Les gens de l’association sont très bienveillants. Leur but c’est vraiment le partage d’expérience. Il y a aussi le forum Par Monts et Par Vaux. On peut apprendre plein de choses sur la confection du matériel, les plantes, le caractère des chevaux, les expériences vécues. C’est plein de bons conseils pour la préparation et l’entraînement des chevaux.

CetM : Merci les filles de m’avoir accordé de votre temps et d’avoir partagé votre aventure. Peut-être avez-vous un mot à ajouter pour conclure ?

Claire : Si tu veux partir avec un chien, n’adopte pas un chien adulte et fait attention qu’il soit sociabilisé !!

Diane : IPhiGénie c’est fantastique ! (Rires et au-revoir)

J’ai raccroché le téléphone. J’ai eu cette drôle de sensation qu’on a quand on dit « au revoir » à des gens qu’on vient de rencontrer et qu’on a pourtant l’impression de connaître. Claire et Diane m’ont beaucoup touchée par leur bonne humeur, leur bienveillance et cette soif de rencontre et de partage. Je me retrouve dans leur souhait de vivre une aventure avec leurs chevaux. Elles m’ont fait partager un peu de leur voyage.

Cette interview a été réalisée fin juillet. J’attendais que Claire et Diane se rapproche de l’Auvergne pour les rencontrer. Hélas, il y a trois jours, dans un chemin creux du Morvan, Pastelle a glissé en voulant éviter les gros cailloux. Le pied de Diane a été coincé entre la jument et le talus. Diane se retrouve avec une fracture du cinquième métatarse. L’aventure Caval’Breizh s’est arrêtée au lac de Pannecière. Je souhaite à Diane un bon rétablissement. Et je souhaite à toute l’équipe de pouvoir reprendre son périple l’année prochaine ou même plus tard. Vous pouvez vous rendre compte du chemin parcouru en allant sur le blog Caval’Breizh. En attendant vous pouvez relire leur aventure sur leur page facebook et n’hésitez pas à laisser un mot d’encouragement.

C’est parfois plus difficile de devoir abandonner une aventure que de la commencer. Ces filles ont un sacré courage !